NEMAUSUS
JOURNÉES D’ÉTUDE UNPRACSEO A NÎMES
Les 9 et 10 septembre 2022
KRO
Agrémenté de quelques antistrophes
Tous ces titres méritent quelques explications. UNPRACSEO, ai-je noté ! Késako ? se demanderaient les occitans. Hérétique, ajouterait ce descendant d’inquisiteurs qui avaient fait croisade contre les cathares ! Un changement de nom, encore ? Hé oui : il s’agit du dernier nom de l’association des anciens du Service, au début AORSEA, devenue AACRSEA, puis UNCRSEA en 2001, puis UNPRASEA en 2017 et enfin UNPRASEO en 2021 ! La nouvelle appellation est justifiée par la fusion de cette dernière association avec celle des anciens personnels civils du SEA/SEO, d’où l’ajout de la lettre C. Elle concerne donc tous les gens du Service. Pour les curieux il s’agit, en clair, de l’Union nationale des personnels de réserve et d’active et civils du Service de l’énergie opérationnelle. Ouf ! Et logiquement, ces dernières évolutions devraient permettre d’abaisser un peu notre moyenne d’âge, notre association n’étant plus réservée aux vieilles bêtes à l’âge de l’arthrite !
A l’issue de ce congrès, j’ai encore la naïveté, ou la fraîcheur d’esprit, pour rester positif, de penser que certains attendent de moi un compte-rendu contrepétant. Quelle prétention ! Mais bon, après quelques minutes de réflexion, j’ai vite pris ma décision - me faire plaisir - et me voici donc à nouveau confronté au syndrome de la page blanche, essayant d’imaginer ce que je vais bien pouvoir mettre dans ce KRO, ce Kompte Rendu Officieux de l’AG de l’UNPRACSEO. Sûr que ce sigle – KRO - aurait été mieux venu si notre AG s’était déroulée à Strasbourg, mais non, c’est Nîmes qui a été l’heureuse élue, comme le suggère pour les fins lettrés le nom de Nemausus, un des fils d’Hercule (les lettrés encore plus fins pourraient me rétorquer qu’Omphale[1] n’aurait pas aimé qu’on l’embête avec cet Hercule, mais bon, tant pis !), ce dieu qui était adoré à la fontaine située au pied du mont Cavalier.
Signe positif du destin, vraisemblablement : la ville de Nîmes offre une rime sublime avec holorime (tiens, deviendrais-je poète ? 4 rimes d’un coup, faut le faire !), grâce à sa célèbre tour Magne. Nous avons tous appris à l’école élémentaire les vers magnifiques, prêtés à tort à Victor Hugo, qui évoquent les fredaines du chevalier Gall :
Gall, amant de la reine, alla, tour magnanime,
Galamment de l’Arène à la Tour Magne, à Nîmes.
C’est l’exemple le plus célèbre de vers holorimes, dits aussi homophones, puisque la rime concerne la totalité des vers.
J’en arrive à la justification de ce sigle, KRO : lors d’une nuit sans sommeil, voire en plein cauchemar, j’ai entendu une voix qui, du haut de la tour Magne, me disait : « Kro ! magnons ! », pour m’enjoindre à rédiger ce « kompte rendu officieux » au plus vite. Pour le K, d’accord, c’est juste un C raté, pas d’quoi s’en faire, comme disait ce fan d’un ancien ministre de l’Intérieur… Mais pourquoi officieux, me direz-vous ? Tout simplement parce qu’il ne traite que des à-côtés, contrepèteries à l’appui, et surtout n’aborde pas les points à l’ordre du jour de l’AG. Il relate (presque) fidèlement ce qu’on a fait, vu, entendu, mangé et bu pendant ces deux journées, hors AG. Plus précisément, il comprend en gros 80% de réel et sérieux, pour 20 % de fictif ou de divagations (à moins que ce ne soit l’inverse, je ne sais plus…). Au lecteur de se faire une idée.
Nîmes et sa région
Pour ces premières lignes, toujours difficiles à rédiger, je vois donc très peu de contrepèteries à l’horizon, même si les noms du fleuve et du département locaux sont prometteurs. Malheureusement, ce sont les mêmes : le Gard. Mes lointains souvenirs de géographie me disent que Nîmes serait la préfecture du Gard ? Je doute ! « Et je t’assure, le Gard se déverserait directement dans l’Oder, mon vieux » (permutation circulaire), dis-je à mon complice contrepéteur lyonnais ! Mais vite, direction Wikipédia, mieux vaut que je vérifie mes connaissances. Eh bien non, j’ai tout faux ! Pendant mes longues études, j’avais dû couper une partie de la leçon ! Mais quand même, je me souviens qu’il faut bien distinguer le Doubs du Gard. Nîmes est bien la préfecture du Gard… le département. Même qu’une news (fake ?), que j’ai relue récemment, nous rappelait qu’un très ancien préfet de Nîmes s’était érigé contre le pouvoir central, exigeant plus d’écus pour son Gard. Cette demande ayant déplu aux autorités, il s’était fait virer – « fired », aurait dit Trump - remplacé par une préfète venue de Mont de Marsan, qui se réjouissait à l’avance de passer des Landes au Gard.
Le Gard est aussi une région intéressante pour ses spécialités culinaires, dont la fameuse brandade de morue (sans lard, pour les puristes, mais avec un peu de jus, c’est meilleur). Côté boisson, les différentes couleurs de vins sont proposées, mais au comptoir on vous propose surtout le blanc du Gard.
En approchant de Nîmes, un indice encourageant, nous passons au large de Tavel, village qui rime avec Javel et rappelle un petit chef d’œuvre connu de tous les militaires contrepétomanes : l’aspirant habite Javel. Contrepèterie complexe, bien difficile à traduire, puisque c’est l’ensemble de la phrase qu’il faut prononcer à l’envers, ce qui donne : « j’avais la b… en spirale ». Hé bien, on peut facilement imaginer qu’un autre aspirant soit originaire de cette petite bourgade réputée pour son rosé : l’aspirant habite Tavel. Ce qui donne à peu près la même traduction, mais à la 2e personne du singulier : « t’avais la b… en spirale ». Et pour relier les deux, on pourrait imaginer une verte écolo pleine de Javel ?
Un peu d’histoire, pour commencer : celle de Nîmes commence au 6e siècle avant Jésus Christ, créée par un peuple celte, les Volques. Un siècle environ avant Jésus Christ, cette peuplade gauloise accueille sans résistance les légions de Rome (non comptabilisée, la traduction n’ayant rien de gaulois, pas plus que la version initiale, romaine…). Puis au début de l’ère chrétienne, l’empereur Auguste, l’ampleur des grands en personne, choisit Nîmes pour faire la promotion de la romanité en Gaule. De superbes monuments sont créés, des fontaines sont aménagées et la ville atteint son apogée. Cet empereur, devenu pacifiste sur le tard, promoteur de la Pax Romana, était pour l’allègement des conquêtes.
Et aujourd’hui Nîmes est une ville d’art, avec de nombreux monuments romains majestueux, chargés d’histoire. Comme disaient les esthètes à l’époque : les beaux-z’arts, c’est le plaisir des Dieux. On y trouve en particulier la Maison carrée. Impressionné par la notoriété de ce monument, j’avais amené un double mètre pour prendre des mesures, suivant en cela l’exemple de l’ex-ministre des droits de la femme, Yvette Roudy, qui en 1983 avait annoncé « Je suis pour l’égalité des sexes, et je prendrai moi-même les mesures » (authentique). Un local, énervé par mes doutes imprécis, m’apostropha avec un ton carré et me confirma cette information. Après vérification, force est de le con_stater : oui, la base est vraiment carrée. Mais ce monument devrait en fait s’appeler la Maison cubique, sous peine d’ignorer la 3e dimension : il est aussi haut que large et profond ! Les experts en jeux prétendent que c’est lors d’un voyage à Nîmes que Monsieur Rubik, inspiré par le monument, a créé son fameux casse-tête, le Rubik’s cube, puis qu’il a décidé de commercialiser son cube, en nous donnant la_solution. Heureusement, une guide assermentée, qui passait par là, nous délivre la bonne version sur l’origine du nom de cette Maison carrée : c’était en fait un temple, où les jeunes filles, avant le mariage, devaient exposer leur cas au curé. De là, certains en ont déduit que ce temple était bien carré, destiné au petit peuple, faisant fi des riches mondes. Sur le devant du temple, on peut voir plusieurs colonnes, qui représenteraient des branchages ? Des historiens proposent une autre explication : ces colonnes sont branchées entre la terre et le ciel, créant un lien symbolique entre les mortels et les dieux. Qui a raison ?
Les arènes sont remarquablement conservées. Lieu de combat, c’était là qu’on alignait les rangs dans les gladiateurs. C’était aussi un lieu de spectacle, puis d’habitation et certains y ont vu le fond d’une forteresse. Autre beauté de site : les jardins de la Fontaine, superbement aménagés, avec des vestiges de l’enceinte romaine. Créée avant Jésus Christ, cette enceinte mesurait 15 km, comportait 10 portes et 80 tours, dont la fameuse tour Magne, toujours debout.
Les armoiries de la ville sont constituées d’un crocodile enchaîné à un palmier, couronné de lauriers (et non des feuilles d’acanthe, comme disent certains) qui symbolisent la victoire des troupes romaines sur l’Egypte. Ce symbole figurait déjà sur la monnaie, dite « l’as de Nîmes », créée par la ville à l’époque d’Auguste.
Arrivée le 8 septembre en soirée
Nous arrivons donc le 8 septembre dans cette belle ville de Nîmes. Dès l’entrée de l’hôtel, nous sommes accueillis avec un grand sourire par Michelle, l’épouse de notre Gentil Organisateur Christian. Pas de doute, c’est bien l’accueil que nous avons voulu. Le Nimotel, puisque c’est son nom, est en fait répertorié sur internet comme gîte, et c’est bien connu qu’avec cette région d’élection il n’y a pas de bourg sans gîte. La réception de l’hôtel est tenue par une charmante jeune femme blonde, on suppose ukrainienne. Une belle hôtesse, c’est fou pour rendre la vie plus agréable. Les paliers, dans l’escalier de service (emprunté par les plus courageux) affichent quelques posters illustrant de grands moments de la ville de Nîmes : férias, matches de foot, ... Les propriétaires devaient être de grands fans de foot, car on peut voir aussi en salle de restauration quelques photos : c’est l’élite des buteurs, avec Zidane, spécialiste du foot rugueux, devenu célèbre après sa déclaration à Materasi « Dans le foot, il faut qu’on se redoute ! ». On y voit aussi un Blanc, tout jeune, quel goût !
Les chambres sont superbes, avec d’immenses lits, dits « king size ». En outre ils sont carrés, sûrement par mimétisme avec la maison carrée, puisqu’on est à Nîmes. Seul problème : on ne sait pas dans quel sens se coucher. Faut être taré !
Les valises rangées, j’allume la télé et tombe par hasard sur les infos régionales de France 3 Bretagne. Le journaliste semble très ému : il annonce que le kouign-amann aurait disparu ! Dans le couloir, je répercute cette info à un camarade breton. Mais non, c’est une fake-news, m’assure-t-il. Ou le journaliste s’est trompé, question d’homonymie. Pour lui, ils ont annoncé le décès de Freddy Mercury, le chanteur de Queen. Sûr de moi, je lui rétorque que ce n’est pas possible, puisque ça fait 20 ans qu’il est décédé. Ça fait longtemps qu’il n’y a plus de groupe pour les Queen ! Un 3e larron vient nous dire, catastrophé, que l’arène de Nîmes aurait disparu ! Encore une aberration, je suis passé devant en arrivant, elle est toujours là. Mais que s’est-il donc passé pour que le monde entier soit aussi bouleversé ? Nous descendons dans le hall et colportons ces informations. Sacrilège, nous dit-on ! En fait, nous avons tous mal entendu. Normal, avec l’âge, on se fait facilement malentendant, ce n’est pas réservé aux vieux abbés. Et éberlués, nous apprenons que c’est la Grande Bretagne, et non la Bretagne, qui vient d’annoncer le décès de la reine, « the Queen », Elisabeth II en personne. Impossible, me dis-je, voilà 70 ans qu’elle « rèèèègne over us », et sûr, elle est immortelle, c’est l’hymne britannique qui le dit clairement : « God save the Queen » ! Pourtant toutes les chaînes de télé viennent confirmer cette affreuse nouvelle. On nous présente la reine dans son cercueil, avec tout un ensemble de pierres fines sur sa couronne. « Ah, cette perfide Albion frisée ! » disent les anglophobes, je me demande pourquoi. « Uncredible », alors que 2 jours plus tôt, toute menue, elle nommait Liz Truss au poste de 1ère ministre. Pour l’occasion, la reine avait fait mander Boris, l’ex-premier ministre. Et comme Liz exprimait sa satisfaction de diriger un pays si beau, Boris, ironique, aurait chantonné sur un air d’Eddy Mitchell « Ah, Liz, ton pays des merveilles n’existe plu-us ! » en ajoutant, l’air gourmand « Tu baisses ? ». Forcément, le grand « Brexiteur », qui a mis ses bornes à l’Union, a tout gâché. N’empêche que ce 18 septembre, pour des millions de britanniques, c’est la peine qui les mine. Mais qu’a-t-elle fait pendant son règne pour mériter un tel engouement ? Elle n'était pas vraiment proche du peuple. Il est bien connu qu’en général, les « Queen » n’apprécient pas les gueux. Mais c’est vrai que lorsqu’elle a été couronnée, 70 ans plus tôt, on pouvait dire « Quelle fière altesse ! ». Et c’est avec une mine piteuse que nous allons nous coucher.
Vendredi 9 septembre
Le 9 septembre, au matin, les congressistes partent pour une visite du 2e REI, le 2e Régiment étranger d’infanterie, implanté quartier colonel Chabrières. Créé en 1841, il a rejoint Nîmes en 1983, en provenance de Bonifacio. Nous connaissons tous et admirons ces unités d’élite, qui n’ont pas leur équivalent au combat et font merveille dans les mêlées massives. Nous sommes impressionnés quand ils défilent sur les Champs Elysées, au 14 juillet, avec leur démarche chaloupée, au rythme de 88 pas par minute, hérité des troupes de Napoléon. Et sur l’air de la célèbre marche officielle de la Légion : le boudin. Et pourquoi donc le boudin ? Une hypothèse : dans les pays chauds, nos légionnaires apprécient tout simplement les boud_ins salés. Mais d’autres hypothèses circulent…
Une petite déception en arrivant : le régiment est en projection Opex au Niger, et nous ne verrons ni légionnaires ni équipements, ou très peu. Le colonel de réserve qui nous accueille, chargé du rayonnement du régiment – apparemment un colon bien branché - nous fait une présentation et nous conduit en salle d’honneur, où sont exposés de nombreux souvenirs concernant les hommes et les hauts faits d’armes du régiment, à travers le monde.
Le 2e REI est un régiment d’infanterie blindée, doté de VBLI, de VAB et de VBL (tous sigles qui ne posent certainement pas de problème aux anciens militaires que nous sommes). Le régiment est donc équipé d’engins blindés, avec aussi le Griffon, qui commence à remplacer les VAB. Il est rattaché au programme Scorpion, où tout est numérisé. Pourquoi ce nom, Scorpion ? Peut-être vient-il d’un ancien ministre, qui s’était illustré en déclarant « C’est pas moi qui pense au Scorpion » ? ou tout simplement parce qu’au lancement du programme, dans le désert, le responsable avait vu des scorpions qui montaient par dizaines ? Les légionnaires sont très appliqués pour l’entretien de leur armement en particulier, et en général de tout leur matériel. Ils n’aiment pas que les chars toussent, aussi ils font très attention au plan des gros moteurs et, d’un naturel heureux, ils se bidonnent en astiquant leur char. Mais plus que les engins blindés, ils pensent que ce sont les hommes qui font la valeur d’une troupe, et pas question que des tanks idiots se fassent aduler. Un char - prise de guerre en l’an xxxx - est tout de même exposé au fond de la caserne. Un seul char, mais où est la date ?
Ce que nous savons moins, vraisemblablement, c’est que la Légion a été créée en 1831 par le roi Louis Philippe, qui avait besoin de troupes d’élite pour la guerre en Algérie. Nous savons par contre que la Légion ne recrute que des hommes, et c’est sûrement pourquoi il y a tant de femmes déçues, dans ces villes de garnison. Il faut dire que les légionnaires ont toujours douté des guerrières et que les dames les dérangent. Ils sont soumis à un entraînement très dur. On leur apprend bien évidemment comment lutter dans le pétrin. Mais aussi à économiser les munitions, car les douilles sont coûteuses. Ils s’entraînent au camp des Garrigues, et parfois, après quelques libations, ils se défoulent, comme celui qui avait vidé ses douilles sur un crapaud.
Les légionnaires étant à 90 % étrangers, il leur faut apprendre la langue française, et s’ils sont fâchés avec les maths, les cadres en profitent pour leur apprendre à calculer en cent leçons. Une annonce du colonel ne manque pas de nous surprendre : ces dernières années, la Légion a recruté de nombreux Népalais (authentique). Des Népalais souvent bien pompeux. Quand ils sont bien pris en main, ça se passe à merveille, mais attention aux Népalais au Népal, tous des gueux. Autre particularité : la Légion est une grande famille, le colonel est le papa du régiment, et il n’y a rien de tel pour les jeunes recrues que l’affection d’un père.
Les épouses, qui ont visité la ville en petit train, nous rejoignent au casernement pour une petite cérémonie avec dépôt d’une gerbe au monument aux morts. Puis vient l’heure du déjeuner et d’aller passer notre faim au mess. Le colonel nous explique que le gérant hésitait entre le mess officiers et le mess sous-officiers, et qu’il en était devenu fou, entre les deux mess. Lui-même se demandait « Mais qu’est-ce qu’il fait entre ses deux mess ? ». Le problème étant résolu, le colonel nous guida vers les mess officiers, superbe ! On commence par un apéro bien garni. Ça mérite de trinquer, nous confie le colonel. Repas arrosé avec des vins de Puyloubier, produits par l’établissement des invalides de la Légion étrangère, sur le domaine du capitaine Danjou, du nom du héros de la bataille de Camerone. On repart de bonne humeur, ayant apprécié l’effet des collations.
L’après-midi, visite du pont du Gard pour tous, congressistes et conjoints. Sur le chemin, notre guide nous montre 3 oliviers millénaires, mais déception, ils ont été importés d’Espagne ! Elle nous prévient : vu son âge, le pont que nous allons voir est loin d’être en parfait état. Mais en nous approchant, nous restons bouche bée devant un spectacle saisissant : le pont qu’elle nous montre n’est pas si effrité que ça, bien que vieux de 2000 ans ! On s’attendait à voir un pont très cassé. D’ailleurs, ce nom nous semble bien commun pour désigner un tel monument : sûr que ce pont mérite un déclassement, il faudrait l’appeler autrement. Il paraît que notre idole nationale, Johnny, de passage à Nîmes après une tournée triomphale en compagnie de Léo (Ferré ?), aurait proposé à son compère une idée de génie. « Il faut l’appeler oléoduc ! Ah que ! » s’était-il écrié, « N’est-ce pas mon vieux Léo ». Un journaliste dyslexique, qui passait par là, se fendit d’un article le lendemain, mais en décalant les sons. Et c’est depuis qu’on parle d’aqueduc (c’est un peu tiré par les cheveux, et c’est sûrement une fake-news !).
Ce pont-aqueduc, puisqu’il faut l’appeler ainsi, n’est que la partie visible de l’aqueduc qui amenait les eaux captées près d’Uzès jusqu’à la ville de Nîmes. Tout ça pour alimenter quelques dizaines de fontaines, destinées à mettre la ville en valeur, puisque Nîmes avait ses propres sources pour les besoins courants. Il faut saluer le savoir-faire des romains qui ont construit cet ouvrage de 50 km de long avec un dénivelé de 12 mètres seulement ! Il faut saluer aussi la qualité de cet édifice, qui a résisté aux siècles et en particulier aux caprices dévastateurs du Gardon, qu’il enjambe. Le phénomène cévenol, bien connu, entraîne des montées d’eau subites, et les locaux se plaisent alors à observer le bond des crues. Ils s’inquiètent vraiment pour savoir si le pont va résister à ces énormes crues. C’en est path_ologique ! Les crues amènent souvent de la c_asse, avec des troncs d’arbres entraînés par les flots, et le pont est assailli de coups. La guide nous explique que si ce monument a défié les siècles, c’est parce que les 3 niveaux d’arches reposent sur de solides supports : des piles bienvenues. Les blocs de pierre ont quand même subi les assauts du temps, et on peut voir de nombreux trous sur les ponts. La guide est une amoureuse du site, elle y venait toute jeune grimper sur les différents niveaux, et elle nous avoue qu’un jour elle s’était cassée la main sur le pont.
Samedi 10 septembre
Le lendemain matin, les congressistes assistent à l’assemblée générale dans les locaux de l’hôtel. C’est la première AG présidée par notre nouveau président, Laurent, qui a pris la succession de Denis. Mais je laisse au bureau le soin de traiter de l’ordre du jour, sujet trop sérieux pour mes propos.
Pendant ce temps, les conjoints visitent le musée de la Romanité, juste en face des arènes. A l’issue de l’AG, les congressistes les rejoignent pour déjeuner sur le rooftop du musée, au restaurant « La table du 2 ». Vue magnifique sur les arènes, excellent déjeuner, avec en particulier une pissaladière. Un peu riquiqui, il est vrai : alors qu’un affamé demande du rabe, le serveur lui répond que pour la pissaladière, il faut s’adresser directement au bar.
En début d’après-midi, une petite cérémonie « familiale » nous réunit à la Gendarmerie, avec dépôt de gerbe et cérémonie des couleurs. Notre directeur central, Jérôme, qui nous a rejoint la veille, remet une médaille à deux EVSEO. Et notre major Régis, organisateur de la cérémonie, reçoit l’autorisation de porter la croix d’officier de l’ordre de l’étoile de la Grande Comore.
Puis c’est le départ pour le Groupement de gendarmerie du Gard, où nous attend une présentation des forces et moyens de la Gendarmerie nationale. Présentation très dynamique et sympathique, instructive aussi. Nos gendarmes sont passionnants, pas éculés pour un sou. Ils nous expliquent leurs missions dans le cadre de plusieurs ateliers : le PSIG, le 17 (centre opérationnel), la gendarmerie mobile, l’exploitation d’une scène de crime, la gendarmerie héliportée… Le Gard est un département plutôt chaud, et ils ont fort à faire. Parmi leurs objectifs : prendre les contrevenants sur le fait et les coller au violon. Lorsqu’ils sont devant le juge, il faut voir la bouille des accusés. Les gendarmes doivent aussi faire face à des masses de petits forfaits. Quand un criminel est pris, ils basculent sur le terrain de l’enquête. C’est pas le tout de déduire, il faut être sûr. La lutte contre le trafic de stupéfiants est permanente. D’autant que le Gard a une forte odeur de drogue.
Pendant ce temps, les conjoints visitent les arènes et la ville, qu’elles n’avaient fait que survoler, si j’ose dire, en petit train la veille.
Puis retour vers l’hôtel, une petite pause, et on reprend le car une fois douchés. Direction la Manade de la Vidourlinque - quel beau nom – située dans le village de Saint Laurent d’Aigouze - un joli nom encore - en plein cœur de la Camargue. Voyage un peu long, d’autant que le chauffeur du bus, qui doit estimer qu’on apprécie les paysages et les soubresauts du chemin de terre, s’ingénie à nous faire passer plusieurs fois par le même circuit. Des sentes sans fin, branchages au sol, trous d’eau, nids de poule… ne lui facilitent pas la vie. Certains passagers se demandent si on arrivera à bon port, mais tout est bien qui finit bien (contrepèterie dite belge). En sortant du bus, nous sommes accueillis par une escadrille de moustiques. Le dîner est typique, avec une salade un peu flétrie en entrée, suivie d’une excellente daube de taureau au riz. Une petite serveuse, qui sert ses pains dans les assiettes, nous propose son riz, qui est bien passé. Le fromage, du camembert en portions, est emballé (pas comme nous), et au dessert nous nous régalons d’une fougasse d’Aigues-Mortes, toute simple mais excellente. Le clou de la soirée est la présentation de la manade, par le manadier lui-même, un passionné. Il faut vraiment qu’il fasse bien son métier (double permutation de consonnes). Il nous livre des commentaires enflammés sur la culture camarguaise, sur son travail et celui des gardians. Il élève 150 vaches sur 150 hectares, plus quelques taureaux et chevaux. Les vaches sont destinées aux courses camarguaises et non aux corridas, où interviennent des taureaux de race espagnole. Puis c’est la surprise : il nous présente son cheval, en salle de restauration, représentatif des chevaux de Camargue, nous dit-il. Ce sont les dadas du Gard. Du Gard vraiment ? (double permutation), s’étonnent quelques experts en la matière. En tous cas, il semble bien doté, même au repos (authentique) ! Le manadier vend les produits de son exploitation, et en particulier il propose sa boîte de riz, de Camargue, bien sûr. Il paraît que le dimanche il adore présenter son cheval à une jeune femme, voulant à tout prix montrer sa bête à la miss. Et pour clore cette belle soirée, le retour se fait dans le calme, le car est endormi.
Un grand merci aux gentils organisateurs, Christian et son épouse Michelle, et Thierry.
Et pour 2023, comme s’interrogeait Shakespeare, qui semble-t-il craignait de perdre je ne sais quoi, « the question is : to loose, or not to loose ? ». Eh bien, sur proposition de notre déléguée Aquitaine, ce sera … Toulouse, la patrie du grand, de l’immense Nougaro.
Michel
Nota : 110 contrepèteries environ ; les parties à permuter sont notées en caractères gras, et quand il y a un seul élément à déplacer, l’endroit où transférer cet élément est repéré par le caractère _ (souligné)
[1] Pour mémoire : Omphale était la reine de Lydie, et sa liaison avec Hercule a donné lieu à un célèbre tableau de Rubens







